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Masdar city, une ville 3.0 grandeur nature

25 Juin 2014, Posté par D. Bocquelet dans Regard sur l'actualité
Masdar City

Une ville nouvelle qui pousse au milieu du désert. Cela semble familier ? Il ne s’agit pas d’une de ces villes-champignon de l’ouest sauvage à la fin du XIXe siècle, ni de Las Vegas, ni encore d’une enclave économique Chinoise en plein désert de Gobi, mais d’Abu Dhabi. Et contrairement aux autres villes de la région dont les gratte-ciels sont dopés aux pétro-dollars, cette ville nouvelle partie de rien est très différente. Il s’agit d’une expérimentation grandeur nature. Réminiscence de tentatives utopistes passées comme le plan voisin de Le Corbusier (1922), ou encore Brasilia (Oscar Nimeyer, 1950). Une de celles que les architectes et urbanistes considèrent comme une aubaine pour expérimenter de nouveau concepts urbains « verts ». Et c’est ce qui fait son attrait. La ville peut se définir comme la plus grande expérimentation d’arcologie à l’heure actuelle. L’arcologie (Paolo Soleri) est un terme anglo-saxon combinant « achitecture » et « écologie »…

Masdar City est financée par la Mubadala Development Company, et est située à 17 km au sud-est d’Abu Dhabi. Son capital est en grande partie gouvernemental. Le maître d’oeuvre est le cabinet d’architecture Britannique Foster & Partners, fondé par le célèbre architecte Lord Norman Foster. Le chantier dure depuis 2006 et son inauguration est prévue en 2015 pour l’achèvement de la phase I. La phase 2 doit s’achever vers 2020-2025. La ville est une vitrine internationale des solutions zéro-émission prévue pour 45 à 50 000 habitants, et héberge d’ores et déjà le siège de l’International Renewable Energy Agency (IRENA), et le siège régional de Siemens. Il est soutenu par le WWF et le groupe durable BioRegional. La ville doit être non seulement zéro émission carbone mais aussi zéro déchets et 100% autonome au niveau de son énergie et de son eau. C’est aussi -tout un symbole- une ville entièrement murée, et de plan carré (6 km2).

Architecture durable

La ville entière a été conçue pour favoriser les piétons et une architecture traditionnelle arabe avec des styles et matériaux (terre cuite) empruntés aux vieux quartiers du Caire et de Muscate, des rues étroites avec des panneaux de toits et des arbres qui se chargent d’assurer un ombrage permanent, et une tour de 45 m qui permet de rafraîchir les rues en utilisant l’effet venturi. La température dans la ville est ainsi maintenue à 15-20 degrés de moins que le désert environnant…

Différentes sociétés utilisent cette opportunité pour construire des bâtiments démonstrateurs de technologies d’isolation à faible énergie, tout en combinant matériaux et architecture locale. Le siège de Siemens récompensé par deux awards en 2012, par exemple, est construits aux standards LEED (-45% d’énergie et -50% d’eau) et est une sorte de « cube dans un cube » qui combine une double couverture pour mieux isoler l’intérieur et un atrium-cheminée utilisant l’effet venturi pour rafraîchir l’intérieur sans coûts. De son côté le Masdar Institute of Science and Technology (Campus de Masdar) qui doit héberger 300 étudiants doctorants sélectionnés parmi les universités des EAU. Le bâtiment qui économise -70% d’eau et d’électricité à été conçu en partenariat avec le MIT (Massachusetts Institute of Technology) et le premier bâtiment construit à) Masdar.

Transport

Toute la ville est remarquable en ceci qu’elle est piétonnière en surface, les moyens de transports étant relégués en profondeur. Ce qui est impossible avec une ville plus ancienne vu l’ampleur des travaux souterrains est ici expérimenté en grandeur réelle. Les voitures sont bannies et les transports s’effectuent en commun dans des « navettes » électriques de 2-4 places sur rail, sortes de métros individuels qui desservent toute la ville. En surface des voies pour vélos permettent aux piétons de se déplacer plus rapidement. Les personal rapid transit (PRT) sont complétés en surface par un parc expérimental de 10 Mitsubishi i-MiEV et des camionnettes de livraison électriques VRT, et qui sont des véhicules automatiques sans volant ni pédales. La flotte de véhicules individuels s’est élargie depuis aux hybrides, mais les parkings sont situés à la périphérie de la ville.

Energie

Masdar est alimenté par un champ de 87 777 panneaux solaires avec des panneaux supplémentaires sur les toits pour une surface totale de 22 hectares. Il n’y a ni interrupteurs ni robinets dans la ville: Des capteurs de mouvement commandent en effet l’éclairage et l’eau afin de réduire leur consommation 51%  et 55%  respectivement. Gerard Evenden, l’architecte en chef, pensait au départ placer ces panneaux sur les toits, mais à trouvé rapidement plus efficace de construire ce champ solaire sur le sol au milieu du désert pour une gestion et un contrôle centralisé. Les tempêtes de sable ont été un problème pour les panneaux solaires, dont les surfaces ont été revus avec avec des pores plus petits que les particules de sable afin de les empêcher de coller sur les panneaux. Les scientifiques de l’Institut Masdar travaillent également sur des revêtements qui repoussent le sable et les bactéries pour une utilisation sur les panneaux solaires et dans d’autres applications.
Outre l’énergie photovoltaïque, l’énergie solaire concentrée (CSP) est utilisée, avec des centrales de dernière génération construites pour tester la viabilité du concept pour une utilisation dans la ville. La gestion de l’eau a été planifiée de manière écologiquement rationnelle, 80% étant recyclée et les eaux usées réutilisées « autant de fois que possible », pour l’irrigation des cultures et à d’autres fins. Le bois extérieur utilisé dans toute la ville est celui de palmier, un bois solide et durable développé par Pacific Green à partir de souche de cocotiers stériles. ce bois est utilisé pour les portes d’entrée, les panneaux de fenêtres et les portes.

Références (en) : http://en.wikipedia.org/wiki/Masdar_City – http://www.masdar.ae/en/#city/all (Le site officiel de la ville)